Littérature

LITTERATURE | Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour – S.G. Browne

couv48930897Il n’est jamais agréable de se réveiller sur le sol de la cuisine, baignant dans une mare de glace à la fraise fondue et entouré de plusieurs bouteilles de vin… vides, évidemment. Le trou noir dans mes souvenirs n’est pas, non plus, quelque chose de très réjouissant. Qu’ai-je bien pu faire pour en arriver là ? Et pourquoi ai-je vidé le congélateur de son contenu ? Le mieux est encore d’aller voir par moi-même…

Après vérification, c’est finalement assez logique : pour y ranger les corps de mes parents. Bien… Il va falloir que je me remémore deux ou trois choses, mais par où commencer ? Peut-être par la manière dont je suis devenu un zombie ?

L’espace d’un instant, je suis seul, debout près de la camionnette de la fourrière. Je me souviens comment tout a commencé. Comment j’ai vécu. Comment je suis mort. Comment j’ai survécu.

A quelques jours d’Halloween, une lecture sur les zombies semble de circonstance. Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour m’avait déjà tapé dans l’œil, bien avant sa sortie au format poche. Je continue toujours à lire autour de cette thématique mais également à avoir encore plus de séries télévisées telles que Z Nation ou In the flesh pour les dernières en date ou des films. Je commence, par conséquent, à rechercher de plus en plus l’originalité et mes attentes sont de plus en plus nombreuses.

*

Du point de vue des zombies, ces derniers ne font guère peur. Certes, physiquement, ils se rapprochent plus ou moins physiquement des morts-vivants classiques car ils portent encore les stigmates de leurs accidents de voitures, par exemple, ou, plus généralement, de la manière dont ils sont morts. Toutefois, ils ne sont pas aussi effrayants que dans The Walking Dead ou Resident Evil.

En effet, S.G. Browne s’éloigne des clichés hollywoodiens, propagés notamment par les films de Romero, pour proposer sa propre vision du zombie. Par certains aspects, ce roman m’a fait penser à un autre ouvrage que j’ai lu et largement apprécié, Vivants d’Isaac Marion. La première chose, la plus évidente, est que le narrateur est également un zombie. Andrew est un mort vivant plutôt intelligent et idéaliste. Il a de grands projets pour ses pairs puisqu’il entend faire acquérir plus de droits, même les plus basiques, pour lui et ses semblables. Il est à des années lumières du schéma classique où ils ne pensent qu’à se nourrir de chair humaine ou de cerveaux et à propager un quelconque virus.

Par ailleurs, l’amour semble également jouer un rôle important dans l’intrigue. Il est bien connu que ce sentiment peut faire bouger des montagnes. Il est d’ailleurs présent dans le titre (mais uniquement dans le titre français) du roman. Plusieurs questions se posent. De qui Andrew va-t-il tomber amoureux ? D’une humaine ou d’une zombie, comme lui ?

Enfin, pour terminer sur un point qui m’a énormément plu, l’auteur met en place une certaine réflexion autour de la condition de mort vivant. Déjà la résurrection n’est pas un phénomène qui peut s’expliquer. Pourquoi certains se relèvent de leurs tombes et d’autres non ? Il n’est pas question d’un virus qui s’est propagé. Par ailleurs, l’existence des zombies est ancrée dans l’Histoire, ils auraient existé de tout temps. Il est dit, pour illustrer ce propos, qu’ils étaient utilisés en première ligne lors du Débarquement en Normandie mais que leur rôle a été minimisé. Andrew montre aussi que ce ne sont pas des créatures sans cœur et sans pitié. Bien au contraire, ils ont une certaine sensibilité. Ils caressent aussi des rêves et des espoirs. C’est également dans cet aspect que réside l’originalité de Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour.  Et, c’est renforcé par une dimension sociopolitique. Effectivement, l’auteur décrit les réactions des passants lorsqu’ils croisent un zombie, les injustices dont ils sont victimes, la politique du gouvernement à leur égard. Ce sont des choses très concrètes et j’ai  pu penser, lors de ma lecture, à certains épisodes de notre histoire où une certaine catégorie de la population était mise au ban de la société.

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Enfin, concernant  l’histoire en elle-même, la quatrième de couverture de mon édition (Folio SF) reprend les premières phrases du roman. Il est déjà clair que le personnage principal sera un zombie et il est aussi vite précisé la manière dont il est mort. Cependant, dès les premiers chapitres, la question se pose de savoir comment ce dernier a pu en arriver là, pourquoi les corps de ses parents se trouvent dans son frigo… Une touche de mystères est ainsi rapidement posée, mise en place. Le roman commence très vite et très fort.

Toutefois, un petit coup de mou survient. Certes, certains aspects sont plutôt intéressants dans leurs développements : le statut juridique des zombies, leur lutte pour obtenir plus de droits, leurs places, plus généralement, dans la société, les difficultés qu’ils ont à s’intégrer aux vivants… En revanche, d’autres deviennent vite lassants ou prennent trop de place dans l’intrigue. C’est notamment le cas pour une grande majorité des scènes qui se déroulent lors du groupe de soutien. Il y en a quasiment tout le temps et, à la fin, ça fait un peu trop. Quelque part, elles cassent le rythme de l’histoire, l’alourdissent un peu. Au final, j’ai perdu un peu de vue l’objectif que l’auteur s’était fixé. Je ne savais plus vraiment où il voulait en venir.

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En conclusion, je dirai simplement que l’auteur nous livre ici un roman avec de nombreuses originalités qui ne sont pas négligeables. De nombreuses idées qui y sont abordées et développées sortent réellement de l’ordinaire. L’aspect sociopolitique est bien plus développé que dans d’autres ouvrages du genre où il est bien plus question de la survie de la race humaine. Cependant, le bilan n’est pas non plus totalement positif. En effet, j’ai pu relever quelques longueurs qui font que, parfois, je me suis demandé comment S.G. Browne allait rattacher telle ou telle chose au prologue.

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8 réflexions au sujet de « LITTERATURE | Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour – S.G. Browne »

    1. Il est vrai que la manière dont la condition des zombies est abordée donne à ce roman une grande originalité. Malheureusement, tout ne m’a pas forcément plu dans ce roman donc, contrairement à toi, je n’ai pas eu un réel coup de coeur. Toutefois, il sort tout de même des sentiers battus.

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